Lazarus Mirages, The Curfew – Le webdoc au service de l’anticipation et de la politique-fiction


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Chez 3WDOC, c’est sans doute le dernier article que nous consacrons à la #gamification ou #ludification. Avec ce projet lazarus-mirages.net, on atteint parfois les limites de l’exercice. En effet, bien que d’excellente facture lazarus-mirages.net, le projet est, à notre goût, trop orienté « complotiste », trop anxiogène. En un mot, le projet perd son point de vue à force d’être trop « game-oriented » car tous les codes sont là certes mais à un dosage un peu excessif avec le hacker russe (un genre de nasdat à la orange mécanique) et les codes du célébrissime « anonymous », si populaire en ces temps de fin du monde… Mais à quoi bon ? Pour une dénonciation un peu puérile, où nous sommes invités à voir au-de-là des apparences. Les intentions sont louables mais la mise en scène nuit parfois au propos, cela tombe un peu dans une sorte de salmingondis de référence avec des dénonciations très marquées société du spectacle (Voir ci-dessous la biographie de lazarus).

L’écueil était pour cette production de tomber dans l’excès ce que qu’elle veut dénoncer, en singeant une caricature de discours politique pour en dénoncer un autre. On vous invite juste à méditer cette phrase de George Orwell, qui en connaissait un rayon sur la propagande et la manipulation d’où qu’elle vienne : « Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. » Reste à savoir d’où vient le vent !

Tiens justement, comme il est question d’un auteur anglais, voilà une oeuvre d’anticipation sur le web autrement plus saisissante : The Curfew.

The Curfew

Le projet est déjà ancien mais qu’importe. C’est la chaîne britannique Channel 4 qui est à la manoeuvre avec l’aide de l’écrivain Marvel – Kieron Gillen – pour le « gamedesign » et à la réalisation l’agence de LittleLoud. Il s’agit d’un jeu basé sur l’anticipation politique d’un univers très Orwellien justement. Le jeu se déroule dans un univers proche, nous sommes en 2027, dans un état sécuritaire, une démocratie autoritaire, produit des décisions politiques aujourd’hui où les adolescents sont la cible de mesure de couvre-feu, d’où le nom de The Curfew, on est donc même très proches de la réalité. Ce jeu a une visée pédagogique, il tente de sensibiliser les « digital natives » sur les dangers qui menacent les libertés individuelles. Pour le coup, le caractère prophétique et angoissant du jeu sert parfaitement les visées du propos.

Interview de Igal Kohen, Réalisateur / Producteur (@igalico, @piw_S, progressinwork.fr)

Igal Kohen C’est lors de l’apéro pigistes #aperopigistes que 3WDOC a rencontré pour la première fois, Igal Kohen, réalisateur et producteur. L’occasion était trop belle, il nous fallait un petite interview. C’est d’ailleurs Igal qui nous a signalé le projet lazarus-mirages.net bien que nous ayons que moyennement apprécié enfin la pluralité des opinions existe et c’est cela l’essentiel !

3WDOC : « Qu’est-ce qui t’a plu dans cette production lazarus-mirages.net ? »

Igal Kohen : « Il ont mis les moyens, et c’est donc de très bonne facture en effet, plein de bonnes idées. Puis on commence à sortir des codes traditionnels fiction et documentaire. Ici, c’est un véritable essai, et le dispositif mis en place pour faire passer le message ne me gène pas le moins du monde, bien au contraire. Ils utilisent simplement les armes de leurs ennemis. Le sujet du projet est le scepticisme, un vrai courant de pensée en plein développement, que j’avais découvert dans le formidable best-seller « Le Cygne Noir » de Nassim Nicolas Taleb. Ainsi, si le but est de voir au delà des discours politiques, religieux ou économiques consensuels, alors ils ont au moins besoin, eux-aussi, des armes du récit. Un personnage mystérieux, Une esthétique un peu fascisante, des effets spéciaux, et une écriture inspirée, voilà des attributs du récit qui me plaisent bien, et qui sont tout à fait en rapport avec l’ambition du projet.

Esthétiser un projet par certains attributs du récit, c’est quelque chose de courant dans le documentaire anglophone, alors qu’en France, l’héritage de la télé et son formatage journalistique empêchent de pousser ce genre de partis-pris. Récemment, la version TV de « Manipulation » à opté pour une narratrice personnifiée très efficace pour raconter l’histoire des scandales de la République depuis 20 ans. On rentre dedans avec d’autant plus d’intensité.

C’est, dans une bien moindre mesure, l’ambition que j’avais dans mes deux courtes animations sur la crise : http://vimeo.com/13149061 / http://vimeo.com/12459574 »

3WDOC : « Quels sont vos projets avec ton associé Marine de Saint Seine au sein de PIW (Progress In Work) ? »

Igal Kohen : « Ta citation d’Orwell est très à propos : « Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. » Nous avons justement un projet sur le récit politique, le fameux storytelling. Chez nous, ce récit est en effet enseveli sous une tonne de communication (voir Borgen ou Les hommes de l’ombre) alors nous allons chercher une parole politique plus « véritable » à l’autre bout du monde, en Papouasie Nouvelle Guinée! Le pays organise ses élections générales quelques semaines après nos présidentielles, quelques mois après la Russie, quelques mois avant les USA. Dans cette grande année électorale, nous voulons voir comment se construit ce récit, voir ce qui se cache derrière, et tenter de déceler un brin de morale chez les politiciens d’un des pays les plus corrompus de la planète. C’est donc un miroir que nous voulons tendre au spectateur, mais c’est aussi une histoire prenante en soi, que nous voulons raconter. Le teaser très bientôt 🙂

Sinon nous sommes sur des projets webdoc dont on ne peut pas encore beaucoup parler : Une important projet, très immersif et ludique en co-production avec une société de production traditionnelle, et une autre co-production pour une série de webdocs pour le site d’un important musée.

Et finalement, une belle quantité de projets audiovisuels plus alimentaires pour des entreprises et des associations. »

3WDOC : « Parles-nous de la genèse du dernier weboc que tu as produit et réalisé Les Connectés, un web-documentaire sur des octogénaires branchés sur Internet ? »
Igal Kohen : « C’est un projet de mon associée Marine de Saint Seine, à l’origine. Elle est journaliste, et voulait traiter de l’arrivée de plus en plus massive des seniors dans l’écosystème numérique. Une fois les personnages trouvés, elle a découvert que la Délégation aux usages de l’Internet, une structure dépendant du Ministère de l’Enseignement Supérieur, sortait un livre blanc sur l’usage des tablettes par les seniors. Nous les avons rencontré et convaincu de participer au financement du projet. Puis nous avons convaincu le groupe Bayard, par l’intermédiaire du rédacteur en chef du magazine Notre Temps, orienté séniors, de pré-acheter le projet. Une fois les fonds trouvés, nous avons lancé la production : Marine à l’écriture, et à la prise de contact, moi à la mise en scène, au montage et au design, Owni au développement.

Et voilà ! – > http://80ansconnectes.fr

Pour un petit projet comme celui-là, nous avons eu un vrai succès : environ 40 000 vues. »

3WDOC : « Que souhaites-tu pour le webdocumentaire pour l’année 2012 à venir ? »
Igal Kohen : « En 2012, je souhaite que les projets m’immergent de plus en plus efficacement, et tuent une bonne fois pour toute cette irrésistible envie de zapper… »

Un grand merci à Igal Kohen pour sa disponibilité.

Merci à Olivier pour nous avoir fait une petite sélection de liens concernant #occupy et de nous avoir fait découvrir The Curfew

La bio de Lazarus, un credo « Lève-toi et marche ! »

BIOGRAPHIE DE LAZARUS
Qu’importe qui je suis, nous sommes des millions.

La Raison, le scepticisme, la zététique, mais aussi le progrès, la justice. C’est une vision du monde. Un désir de lutter contre les manipulations, les arnaques à la croyance qu’elles soient superstitieuses, sociales ou commerciales. Car l’irrationnel domine : pseudo-sciences, médecines parallèles, miracles, fin du monde, mais aussi information trouée au service de dominants.

La quasi-totalité des médias de masse sombrent dans la faitdiversification : ils recourent à l’émotion et à la peur, jouent des « mystères inexpliqués », font de l’information un divertissement ou une vision simpliste, peopolisent le débat public laissé en pâture à des professionnels abonnés aux plateaux télévisés et à des fast thinkers tous issus de la même classe sociale, des mêmes grandes écoles, des mêmes quartiers, des mêmes groupes sociaux, et souvent du même genre masculin.

Une véritable censure qui rend invisibles les porte-parole des luttes, les catégories populaires, les ouvriers, les employés, les chômeurs ; sauf quant il s’agit de les culpabiliser, voire de les criminaliser.

Surtout, la Raison, le cartésianisme, le matérialisme philosophique ont disparu. Et pendant ce temps, une crise s’installe pour certains seulement… quand d’autres présentent des réponses toutes faites, de violence et de haine.

Du coup, fatalisme, défaitisme, croyances absurdes prennent le pas, laissant un espace de manœuvre démesuré aux charlatans en tout genre, aux grands prêtres de toutes les religions, à une oligarchie qui capte l’essentiel des ressources de la planète.

Pour lutter, il va falloir douter de nos certitudes.

Nous sommes des millions. Qu’importe qui je suis.

Appelez-moi Lazarus.

Pour aller plus loin