Le Défi des bâtisseurs – Une expérience transmedia sur la cathédrale de Strasbourg

Le Défi des bâtisseurs - Une expérience transmedia sur la cathédrale de StrasbourgCopyright © cathedrale.arte.tv

Les projets de rénovation architecturaux se prêtent bien au jeu du transmedia, on avait vu à l’oeuvre cette remarquable adéquation entre la forme et le fond dans le webdoc ONE MILLIONth TOWER de Katerina Cizek, Mike Robbins + friends. Il s’agissait en l’espèce de rénover et redonner vie aux affreuses tours du grand Toronto. Dans ce webdoc Le Défi des bâtisseurs, rien de tel en matière de laideur, ce webdoc s’attaque à un joyau de l’architecture européenne, de l’architecture gothique pour être plus précis encore : la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, qui pendant plus de 2 siècles à dominer du haut de ses 142,11 mètres le monde connu. Il s’agissait du bâtiment le plus élevé, ce qui constitue une prouesse unique pour les technologies de l’époque, avec cette anomalie architecturale, la cathédrale ne possède qu’un seule flèche, mais quelle flèche !

C’est sur cette épopée que revient le webdoc avec l’idée saugrenue, qui tient du "running gag" selon les mots de Cedric Bonin, lui-même. Et si on projetait de construire une deuxième flèche !

Sans plaisanter, ces propositions pourraient aboutir si nous étions au Turkménistan sous la présidence fantasque de Gourbangouly Berdymoukhamedov, qui se remet péniblement pour l’instant de sa pathétique chute de cheval ou en Roumanie, sous le règne ubuesque de feu Nicolae Ceaușescu, le Conducător aussi connu sous les sobriquets de « Génie des Carpates » ou encore de « Danube de la pensée », qui pour les besoins de son palais du Parlement (sorte de gros gateau couleur chantilly ) à tout de même ordonner la démolition ou le déplacement d’une trentaine d’églises et de 7 000 maisons.

Mais, revenons à cette chère cathédrale et sa si belle flèche, c’est un bâtiment éminemment emblématique du paysage architecturale français parce que l’histoire de l’Alsace et de facto sa cathédrale a été émaillée par les nombreuses vicissitudes qui ont opposés la France à notre puissant voisin l’Allemagne, c’est donc déjà un miracle que cette flèche existe encore.

Certes, cet édifice n’est plus le plus insolant en matière de verticalité, la tour de Khalifa (la Burj Khalifa) claque à 828 mètres mais quelle beauté ! Cette cathédrale et son webdoc truffé de 3D est à redécouvrir de toute urgence.

Suite à cette production, un petit entretien avec Cedric Bonin, un des producteurs de SEPPIA (http://www.seppia.eu), à l’origine de ce projet s’imposait.

L’interview de Cedric Bonin
@SeppiaSARL

  • 3WDOC : « Vous faites dans Le Défi des bâtisseurs, un abondant usage de la 3D, peux-tu nous en dire plus ? Avec le recours à la 3D, ne risque-t-on pas de transformer un tel projet de serious game à game tout court ? « 

    Cedric Bonin : « C’est assez vrai que nous utilisons abondemment la 3D. Mais c’est un peu au coeur du projet, cela a même été le point de départ du projet quasiment. Il se trouve que Stephane Potier, l’architecte que l’on voit dans le film vers la fin et que l’on rencontre dans le webdoc, a mis plus de 7 ans (par petits bouts) à faire une modélisation complète de la cathédrale pour le compte la fondation de l’Oeuvre Notre Dame qui gère le bâtiment. Le niveau de détail atteint pour une modélisation de ce type est unique en France et sert pour des hypothèses de recherches historiques et architecturales, voir même pour les restaurateurs et l’entretien de l’édifice. Cela sert également à des fins de vulgarisation grand public. J’ai eu l’occasion de rencontrer Stephane Potier il y a plusieurs années et lui ai proposer de développer un projet de film et d’expérience transmedia dans lequel on pourrait utiliser cette matière de sa modélisation 3D au mieux. C’est le projet que nous avons fait. Par ailleurs, le film a été réalisé en 3D relief et les séquences en animation 3D dans la modélisation sont particulièrement époustouflantes et ont saisi le public qui a eu la chance de voir le film en relief. Cette notion de 3D, au sens modèle et au sens relief, est donc un moteur puissant dans l’expérience que nous avons proposé. Enfin le public est demandeur et fasciné par ces images 3D. J’ai plusieurs personnes vivant à Strasbourg qui m’ont dit « j’ai vu le film avec mes enfants, j’ai adoré et eux aussi. Je ne les avais pas vu rester 90 minutes devant un documentaire ». C’est un super compliment pour nous. Bien sûr il y a la fascination pour ‘leur » cathédrale mais je crois que le sens du récit dans le film, dans le webdoc, les images 3D, les costumes des comédiens, le côté fictionné, tout cela concours à faire une expérience immersive dans l’univers des bâtisseurs, sur les différents supports. Alors oui c’est vrai qu’il y a un côté « Game » dans tout ça, ou « Entertaining » plutôt mais tout est juste historiquement parlant, on peut revoir le doc et le webdoc plusieurs fois, c’est très dense, il y a beaucoup d’infos et de contenus complexes sur lesquels on peut passer ou approfondir. C’était notre objectif je crois. »

  • 3WDOC : « D’un point de vue architecturale, ces projets vont-ils voir le jour, une rénovation est en cours ? »

    Cedric Bonin : « Non, il n’y aura jamais de deuxième tour à la Cathedrale à priori. En tout cas, pas que l’on sache. Il y a eu plusieurs projets dans le passé, pour une cathédrale à deux tours, y compris dans le projet initial, c’est ce que nous racontons dans le webdoc dans la rencontre avec Stephane Potier. Pour nous l’idée de proposer à l’internaute de créer cette deuxième tour joue sur un ressort simple. En fait il y a deux questions qui viennent à l’esprit quand on découvre cette cathédrale : « Comment ont-il réussi à construire aussi haut et aussi beau sans machines ? » et « tiens, si elle avait une deuxième tour ? ». Le Film répond plutôt à la première question et le webdoc répond plutôt à la deuxième en plaçant l’internaute dans la projection de sa question. Le virtuel et la 3D permettent d’imaginer plein de choses farfelues, et pourquoi pas une deuxième tour à cette cathédrale… D’une certaine manière, c’est la fiction documentaire qu’on propose à l’internaute. Cela n’arrivera pas car les bâtiments comme celui-ci sont protégés et cela pose plein de question de conservation. ici, le fun de la proposition (et c’est un running gag à Strasbourg, il y a eu plein de gag les 1er avril en couverture des journaux locaux pour annoncer que la deuxième tour serait enfin construite…), ouvre sur une réflexion naturelle et très sérieuse. »

  • 3WDOC : « Parles-nous du projet BIELUTINE, le mystère d’une collection »

    Cedric Bonin : « Ce fut notre premier projet de webdoc. C’est aussi un projet transmedia, car il y a un film et un webdoc qui travaillent ensemble, dialoguent d’une certaine manière. Voilà le pitch : Ely et Nina Bielutin possèdent l’une des collections privées d’art de la renaissance (Le Caravage, Titien, Van Eyck ou Léonard de Vinci….) les plus importantes au monde. Sous l’œil des chefs d’œuvres de cette collection mystérieuse, jalousement gardée à Moscou dans leur appartement,!’artiste et !’historienne de l’art tentent d’écrire leur propre légende…
    Le film « Bielutine » est un très beau doc. Court, il dure 36′ et a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes et dans de très nombreux autres festivals. Il a également été diffusé par ARTE, par la MDR en Allemagne et en Pologne.
    Le film joue sur le mystère de ces personnages, laisse plein de questions ouvertes sur les deux personnages principaux du film Ely et Nina Bielutin. Qui sont-ils vraiment ? d’où vient leur collection ? Est-elle vraie ? Quelle est sa valeur ?
    Dès le départ avec l’auteur-réalisateur Clément Cogitore, nous avions décidé que le film ne répondrait pas à ces questions. Qu’il serait une plongée radicale dans leur univers. Et que nous aurions un webdoc qui viendrait répondre aux questions soulevées par le film.
    Et cela a très bien fonctionné, à chaque projection du film, nous constatons que les spectateurs ont des questions et ont une idée des réponses mais ne sont pas sûrs. Nous les invitons à aller voir le webdoc. Et vice versa, les gens peuvent rentrer dans le webdoc sans connaître le film et nous demandent le film ou le commandent en VOD/DVD. Les deux médias se répondent et se complètent mais fonctionnent indépendamment l’un de l’autre. Et là où cela me plait vraiment, c’est que pour celui qui va dans tout le webdoc, consulte tous les documents, vois les vidéos, etc… il ressort en n’ayant aucune réponse véritable, car le mystère reste. Seul Ely et Nina connaissent la vérité. Mais en chemin, il aura découvert plein d’aspect, des pans de l’Histoire de la Russie, des oeuvre d’art, de courants artistiques, des questions philosophiques sur le rapport des hommes à l’art et notamment celui de la Renaissance. »

  • 3WDOC : « Sur quels projets travailles-tu en ce moment ? »

    Cedric Bonin : « Nous sommes plutôt sur des projets de documentaires, avec un complément possible sur le web que sur des projets web natifs en ce moment, ou transmedia, encore que… Nous avons surtout des projets en développement mais par superstition comme cela est encore en cours de discussion, je ne préfère pas en parler ! »

  • 3WDOC : « En tant que producteur, quels projets t’ont impressionnés pour cette année 2013 hormis les tiens bien sûr ? »

    Cedric Bonin : « Les deux projets qui me restent en tête sont en fait de 2012.
    Il s’agit de « Jour de Vote – dans la peau d’un député » que l’on trouve sur Francetv.fr, car c’est quand même un des premiers dans le genre qui soit aussi abouti et t’emmène dans un univers passionnant et « Bear 71 » produit par la NFB du canada. Graphiquement hakkucinant, j’ai toujours pas compris exactement de quoi on me parlait mais comme c’est très beau, on reste devant, c’est presque de l’art numérique.
    Sinon j’aime bien des choses assez simples mais drôle aussi comme « webdog » ou plus factuelle comme Irak 100 regards. »

  • Un grand merci à Cedric Bonin, Jérémie Gentais, Côme Courtade, Guillaume Bringard pour leur disponibilité.

Quelques écrans de « Le Défi des bâtisseurs, la cathédrale de Strasbourg »

La cathédrale de Strasbourg

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