Ela & Dimitri, TransmediaLove – Une expérience transmédia sur la temporalité de l’amour

Ela & Dimitri, TransmediaLove - Une expérience transmédia sur la temporalité de l'amourCopyright © elaetdimitri.com

Un dispositif ou une installation (comme on dit) qui va bien au-de-là de la sphère digitale puisqu’elle utilise tous les artifices pour récréer un artefact sur l’amour, rien que cela.

Pas n’importe quel amour, le naissant, le balbutiant, celui de l’élan … Dans Ela & Dimitri, l’amour ne dure pas 3 ans. Le dialogue qui s’instaure n’est pas celui de Brandt Rhapsodie avec Benjamin Biolay et Jeanne Cherhal ou de Voyage en Californie de Sophie Calle comme quoi les histoires ne finissent pas toujours mal en général.

On vous invite à lire, à voir et à entendre ce dispositif intéressant et déroutant.

Une performance radio

Ela & Dimitri, dans deux studios d’enregistrements distincts, communiquent sur les ondes, le résultat de ce dialogue sur Soundcloud.

L’édito du projet « Ela & Dimitri »

Tout voir, tout jouir, tout avoir, tout consommer. Multiplier les relations immédiates, instantanées, annuler les distances, tout fondre, tout interconnecter. Tel est le programme d’une fatigante postmodernité occupée à nous vendre de l’expérience prête-à-porter, aussitôt faite et aussitôt défaite.
La norme ancienne consistait à s’abstenir et le bonheur n’était qu’une aspiration de philosophe, aujourd’hui la jouissance immédiate et universelle est devenue le crédo du consommateur-roi-toutes les satisfactions en un clic, un coup de fil. Du coup l’abstinence, la patience, l’abnégation, ne redeviennent-elles pas des valeurs et des attitudes originales ?…

À rebours du « tout tout de suite », et en en détournant les outils, l’amour-œuvre d’Ela & Dimitri ne se consomme pas d’un trait comme on vide un verre pour se perdre, il se remplit d’œuvres au goutte-à-goutte pour se retrouver « ensemble ». Dans leur dialogue, l’instantanéité ne sert à rien d’autre qu’à délayer, repousser encore le moment supposé magique de la rencontre, censée précéder la « consommation » de l’acte amoureux, baiser ou baise… et c’est précisément cette double prise de recul, cette double mise à distance, qui vient laisser le temps, l’énergie, le loisir de construire les œuvres, les sentiments, et la relation dans sa richesse de formes, de temporalités, d’échos…

L’instant pur ne produit pas d’histoire. A l’inverse, la stratégie de l’attente – différer la jouissance, faire des moyens une fin et de la fin un moyen d’en reculer l’échéance – démultiplie les occasions d’entrouvrir les petites portes lointaines de l’éternité devant lesquelles se rassemblent patiemment tous ceux qui savent prendre le temps de s’aimer.

Ludovic Bablon

Source : http://www.elaetdimitri.com/edito-2/

En complément, 3WDOC vous livre une interview d’Ela & Dimitri.

L’interview sur le projet Ela & Dimitri
@TransmediaLove

  • 3WDOC : « Comment est né l’idée de ce dialogue Ela & Dimitri ? »

    Ela : Au début d’une rencontre sur Facebook, puis d’une correspondance par SMS alternant monologue/communication, frustration/action, peur/défi.
    Puis le dialogue est devenu un récit, une histoire commune où l’action tant attendue (la rencontre) devenait une exposition transmédia. Nous avons ensuite imaginer, avec les internautes, une histoire d’amour collaborative pour motiver le rendez-vous tant attendu.

    Dimitri : Notre dialogue est né de l’énergie créatrice et de l’élan amoureux.
    Il a brisé les barrières entre les médias de l’art et de la vie.
    Ce sentiment est le fil conducteur de notre premier projet : « in transmedia love ».

  • 3WDOC : « En quoi, au-delà du dispositif déjà important, était-ce nécessaire de convier le public à une rencontre ? »

    Ela : Afin que ce dialogue ne se limite pas à une vision personnelle et égocentrée ! Ce passage de l’intime à l’universalité nous a permis de rencontrer notre public virtuellement et physiquement. Cette trajectoire fait partie de notre processus de création et nous dépasse. Plus rien n’est prévisible, on ne peut pas imposer au spectateur un rôle, même s’il devient acteur du dispositif. Un exemple avec la photo « Moi aussi, il s’appelle Dimitri ». Amandine découvre l’exposition, elle aussi entretient une correspondance épistolaire par email. Elle surnomme son amant Dimitri bien qu’il s’appelle Cyril dans la vraie vie.

    Illustration : http://www.elaetdimitri.com/wp-content/uploads/2012/10/20121025-A4-Amandine.png

  • 3WDOC : « Pouvez-vous nous citer quelles expériences transmédia qui vous ont marqué ces dernières mois et pourquoi ? »

    Dimitri : Le transmédia comme franchise Hollywoodienne, promotion d’une marque et gadget narratif n’est qu’un effet de mode. On veut créer des communautés de fan, les impliquer, les faire expérimenter, leur demander de faire équipe tout en limitant leur univers.
    Dans ce sens la bible est pour moi le projet le plus réussi, certes il n’est pas récent, mais disons qu’il a une très bonne diffusion !

    Ela : Je me suis intéressée par rapport au thème de notre projet à « Amour 2.0 », un webdocumentaire dont vous avez déjà parlé déjà sur ce blog (http://blog.3wdoc.com/fr/2012/03/07/amour-2-0-les-jeux-de-lamour-et-du-webdoc/). Les expériences qui me marquent sont celles intégrant notre quotidien, à la façon du travail de Ben Vautier, qui réussissent à faire de la vie un art. Nous préférons parler d’intermédia (au sens Fluxus) et dépasser l’essentialisme.

    Dimitri : Il faut une histoire commune, qui nous fédère et dont la conclusion nous fera progresser ensemble. Le printemps arabe, les mouvements d’indignation sont de bons exemples. Internet, initialement un outil militaire, propose une convergence avec la télévision connectée, le mobile. A nous de savoir quoi faire de cette arme de storytelling massif et de nos perspectives communicationnelles.

    Ela : Au-delà du manque de reconnaissance et d’amour il y a un apprentissage de la sociologie de l’entraide.

    Dimitri : Oui il faut oublier cette schizophrénie ou l’autre devient la cause de nos problèmes.

    Ela : Nous devons continuer à développer une intelligence collective, à créer une sculpture sociale comme disait Joseph Beuys.

  • 3WDOC : « Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ? »

    Dimitri : « Après « public in love » au Palais de Tokyo (où nous nous sommes transformés en avatars humains, les participants pouvant prendre possession de nos âmes et de nos corps) nous présentons « rainbow You, rainbow Me ! » à l’occasion de l’Europride 2013 en juillet à la Friche à Marseille. »

    Ela : « Ce sera une performance Deep Media en hommage à Félix Gonzalez-Torres et un questionnement sur la propagation d’un message. Comme si cet œuvre que nous allons construire avec le public provenait de la confusion entre l’intime et le public, l’intérieur et l’extérieur, l’éphémère et le durable. Tout en faisant écho, symboliquement, à la contamination du SIDA, qui toucha l’artiste ainsi qu’un grand nombre de ses proches. »

  • Un grand merci à Ela & Dimitri, Lise Couzinier et Cyril Slucki pour leur disponibilité.

Quelques écrans de « Ela & Dimitri »

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